Tuesday, 1 May 2012

Un grand changement se profile-t-il à l’horizon pour le mouvement consommateur au Malawi?


John Kapito, militant des droits des consommateurs et défenseur des droits humains, raconte sa détention récente par l’ancien président du Malawi.



Je milite depuis 20 ans.

Le plaidoyer et la promotion des droits sont au cœur de la mission de la Commission des droits humains du Malawi que je préside et de l’Association des consommateurs du Malawi (organisation membre de CI), pour laquelle je suis conseiller exécutif.

Dans ces deux organisations, nous sommes portés par notre passion de travailler avec les membres les plus vulnérables de notre société, en veillant à ce que leurs droits soient protégés à tout moment. Nous sommes considérés comme la voix des sans-voix, dont beaucoup se trouvent dans les pays en développement.

Avec le soutien de l’Association des consommateurs, la Commission a plusieurs fois attaqué publiquement l’État pour son mépris continu de la bonne gouvernance et pour diverses violations des droits humains, notamment la limitation du droit de manifester et de la liberté d’expression, ainsi que la suppression totale d’espaces permettant aux consommateurs de s’exprimer et de revendiquer une vie meilleure.

Au Malawi comme dans beaucoup d’autres pays africains et en développement, la fourniture des biens et services est contrôlée par l’État et, de fait, la majorité des pauvres ne peuvent pas critiquer l’État, de peur d’être intimidés et victimes de représailles. En conséquence, la place du plaidoyer participatif est très limitée.

J’ai eu beaucoup de désaccords avec Bingu wa Mutharika, le feu président de mon pays. Durant nos nombreuses rencontres au fil des ans, il a continuellement menacé de me renvoyer de la Commission et m’a même menacé de mort, moi et ma famille.

Ma détention

Le 17 mars, j’ai été approché par un groupe de policiers devant un hôtel de Lilongwe, la capitale du pays. Ils ont fouillé ma voiture à la recherche de matériels séditieux que, selon eux, j’aurais imprimés et que j’emmenais à Genève pour la réunion annuelle du Conseil des droits de l’homme consacrée aux droits humains.

J’ai été emmené au poste de police où l’on m’a interdit de contacter mon avocat. J’ai été transféré dans quatre postes de police avant d’être inculpé de sédition et de possession illégale de devises étrangères.

La police a ensuite obtenu un mandat de perquisition et vers minuit, ils m’ont emmené chez moi et ont fouillé ma maison jusqu’au matin.

On m’a ensuite ramené au poste où l’on m’a annoncé que les autorités avaient décidé de me libérer sous caution, étant toujours accusé de possession de documents prétendument séditieux et de devises « illégales ». J’ai pu récupérer mon passeport et ai obtenu l’autorisation d’aller à Genève au bout de deux jours.

De retour de Genève, je devais rencontrer le président pour parler des droits humains. Ce fut une réunion très tendue, le président m’accusant de vouloir l’affaiblir et de me comporter comme si j’étais un président élu.

J’ai également été accusé d’envoyer des rapports sur les droits humains aux organismes internationaux et d’être responsable de la crise économique au Malawi, en raison de mes révélations de violations des droits humains à la communauté internationale.

Ce fut un combat long et douloureux contre l’État. Nombre de mes amis m’ont évité, de peur d’être associés aux positions fermes que j’avais prises.

Mais aujourd’hui, je suis heureux de dire que j’ai la faveur de beaucoup de Malawites qui continuent de se réjouir de la mort du président et de ses politiques autocratiques austères. Je suis très heureux d’être redevenu un militant respecté. Le combat en faveur de la justice économique et sociale pour notre peuple continue.

Aux dernières nouvelles, le nouveau président du Malawi, Joyce Banda, un ancien militant, annonce que la Grande-Bretagne, premier donateur bilatéral du Malawi, prévoit de relancer son aide et de normaliser les relations diplomatiques.

Tous les chefs d'inculpation contre John Kapito ont été abandonnés.


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